C’est une question que de nombreuses personnes se sont posées après le confinement Covid ! Mais les rêves sont ils forcément faits pour être réalisés ? Voici notre histoire de vie que je souhaite faire partager aujourd’hui. Peut-être me ferez-vous découvrir en retour votre envie de changer de vie ou vos expériences.

Tout quitter pour naviguer sur un voilier

Je m’appelle Jean-Philippe, j’ai 48 ans et je vis en Martinique avec ma femme Annick, notre fille Sofia sans oublier Frimousse notre chien. Quelle chance me direz-vous, c’est magnifique la Martinique ! C’est vrai, un petit coin de paradis sur terre…

Malgré tout, ce n’est pas pour autant que l’on n’a pas envie de découvrir d’autres horizons. Cette idée-là, nous l’avons depuis longtemps : tout quitter et partir en famille sur un voilier. C’est un rêve qui hante nos esprits depuis des années. Parce que je ne suis pas le seul à rêver, le reste de ma famille partage mes envies de liberté et de découvertes.

Est-ce possible de changer de vie ? Bien des fois je me suis posé cette question. Tour à tour, la réponse était :

« Pourquoi pas ? »

« Non c’est totalement utopique »

ou encore « Bien sûr que c’est réalisable » dans mes jours les plus optimistes

Personnellement, je n’avais aucune connaissance en matière de voile, mais tout s’apprend, il n’est jamais trop tard.

Comment a débuté l’aventure ?

En 2018, mon ami Nicolas, qui, lui, est un expert en matière de voile, va me conseiller, m’encourager et surtout m’aider à acheter mon premier bateau ! La première étape du rêve se met en place. Mon choix se porte sur un Sun Shine 36. C’est un monocoque de croisière habitable, de 11 mètres de long.

L’intérieur offre un certain confort : un petit coin cuisine, des couchages relativement confortables, des toilettes et une salle de bain. Cela reste cependant un petit voilier, mais pour commencer il sera parfait. Certes, ce n’est pas le grand luxe, mais il est à nous et notre rêve devient un peu plus concret.

Bon, vous vous en doutez, le rêve a un coût ! Il nous a fallu investir 21000 euros dans ce premier bateau. Mais qu’importe, il allait faire notre bonheur.

  • Première déconvenue

Le rêve parfait n’existe pas ! Le vendeur ne nous a pas tout dit sur l’état du bateau. Pour nous, ces soucis techniques qui se présentaient ne nous ont pas découragés. Nous avons retroussé nos manches et avec l’aide précieuse de Nicolas, nous avons réparé le voilier pour le remettre en bon état.

Nous avons appris quelque chose de cette mésaventure : pour mener à bien notre projet, il allait nous falloir beaucoup de courage, de persévérance et surtout apprendre à être débrouillards ! Cela ne nous faisait pas peur, nous en étions capables.

Un projet de famille

Mon rêve, je le partage avec Annick qui a 58 ans , Sofia, ma fille qui a 12 ans et Frimousse 10 ans, notre chien. Frimousse est un adorable bouledogue français qui fait partie de la famille, hors de question de partir sans lui ! Si notre rêve se réalise, Frimousse sera du voyage.

Une fois le voilier prêt à prendre la mer, nous avons fait nos premières sorties, c’était notre balade du dimanche. La première fois, s’est posée une question à laquelle nous n’avions jusqu’alors, pas pensé : le mal de mer ! Et oui, un voilier, ça tangue ! Avions-nous le pied marin ? Frimousse avait-il « la patte marine » ? Verdict de la première sortie, pour Sofia et Frimousse, aucun problème ! Pour Annick et moi… ce fut un peu plus compliqué, heureusement, ce ne fut que passager.

Nos petites expéditions du dimanche ont duré 6 mois. Nous n’allions pas bien loin, mais c’était déjà un petit bout de notre rêve qui devenait réalité. Nous prenions de plus en plus d’assurance, de plus en plus de plaisir aussi. Cette sensation d’évasion, de liberté totale n’avait pas de prix et c’est avec une grande impatience que, chaque semaine, nous attendions le dimanche suivant.

Nos connaissances en matière de voile devenaient aussi plus précises. Au fil des sorties, les petits soucis que nous rencontrions nous faisaient progresser. Il fallait trouver la solution, vite et surtout seuls sans l’aide de Nicolas. C’est sans doute la meilleure école pour apprendre.

Savoir bien s’entourer pour son projet

Sur le port, on fait forcément des rencontres, des passionnés de voile, comme nous. On parle, on se lie d’amitié, on récolte des conseils, on écoute les expériences des uns et des autres. Et puis un jour, c’est le moment que l’on espérait en secret, celui auquel on osait à peine croire : l’aventure qui s’ouvre devant nous ! Un couple, voisin de notre mouillage, nous propose de nous accompagner aux îles Grenadines ! Dans nos têtes c’est un mélange de joie, d’enthousiasme, d’angoisse et de peur… tout se mélange, « une tempête sous un crâne » aurait dit Victor Hugo !

L’envie du rêve que l’on touche enfin du bout des doigts tout en hésitant à l’attraper à pleines mains. Et puis, le calme revenu dans nos esprits, la réflexion devient plus positive. Certes c’est un grand voyage, mais nous ne serons pas seuls. Nos amis seront là pour nous guider et pour un premier long voyage c’est une chance inestimable qui s’offre à nous. Nous ne pouvons pas refuser cette main que le destin nous tend. C’est décidé, nous partons avec eux.

Notre premier grand voyage en voilier aux Grenadines

Les préparatifs du voyage commencent, il ne faut rien oublier. Avant tout, il faut vérifier le bateau, centimètre par centimètre : nous ne voulons prendre aucun risque ! Annick s’occupe de l’intérieur du voilier afin de nous assurer un maximum de confort : la nourriture, bien sûr, mais aussi des vêtements en prévoyant toutes les options côté météo, une trousse de secours complète, sans oublier le panier de Frimousse.

De mon côté, je m’emploie à vérifier la voile, le moteur et tout l’équipement indispensable à une bonne navigation. Comme vous pouvez l’imaginer, l’excitation est à son comble pour Annick, Sofia et moi-même. Quant à monsieur Frimousse, malgré toute cette agitation autour de lui, il continue sa vie de chien dans l’indifférence la plus totale. Peut-être devrions-nous le nommer « capitaine » pour qu’il s’investisse dans le projet. « Capitaine Frimousse », ça sonne bien vous ne trouvez pas ?

Nous sommes en février 2020, et voilà, c’est le grand jour, celui que nous avons imaginé tant de fois. Nous montons en famille sur le bateau, capitaine Frimousse en tête, et c’est parti pour 10 jours d’aventure ! Plus de 200 kilomètres nous séparent des Grenadines, cette fois c’est un vrai voyage. Sofia se sent comme l’héroïne d’un roman d’aventure en pensant déjà à tout ce qu’elle va pouvoir raconter à ses camarades à son retour.

Direction Sainte-Lucie pour une première escale ! Le début du voyage se passe sans problème et nous découvrons un paysage splendide. Outre ses plages volcaniques et sa luxuriante forêt tropicale, Sainte-Lucie compte plusieurs villages de pêcheurs. Nous y faisons la connaissance de gens formidables qui nous racontent l’histoire de leur île.

Nous reprenons la mer, cap sur Saint Vincent. Nous touchons au but, Les Grenadines nous attendent, notre périple d’île en île s’offre enfin à nous : Saint-Vincent, Bequia, les Tabago Cays… Nous allons de découverte en découverte.

Les fonds marins qui entourent ces îles sont un émerveillement de tous les instants. De nombreux poissons multicolores mais aussi des tortues viennent nous saluer. A terre, c’est la forêt tropicale qui nous apporte son lot de merveilles : une végétation luxuriante et une faune dominée par des perroquets au plumage flamboyant qui nous souhaitent la bienvenue. C’est Frimousse qui est content de se dégourdir enfin les pattes ! Le voilier c’est bien mais cela laisse peu d’espace pour courir, n’est ce pas Frimousse ?

La première étape de notre rêve

Sur le chemin du retour, une envie unanime s’impose dans nos têtes : repartir ! Aller ailleurs, aller plus loin, partir plus longtemps. Nous avons appris beaucoup pendant ce voyage, la navigation ne nous fait plus peur, même si nous sommes conscients que la mer a ses dangers et qu’elle gagne toujours. Il ne faut pas penser à cela… si, un tout petit peu quand même, mais l’envie est trop forte.

Et puis d’autres idées nous viennent, pourquoi ne pas profiter de nos voyages pour contribuer au bien de la planète, quelques gestes citoyens à chaque escale, cela semble une goutte d’eau dans l’océan mais c’est en fait beaucoup.

Arrivés en Martinique, Sofia est heureuse de retrouver ses amis, elle a tant de choses à leur raconter qu’elle ne sait par où commencer. Elle a vécu une expérience incroyable et fait beaucoup d’envieux autour d’elle.

Pour Annick et moi, c’est le temps de la réflexion, le rêve qui s’agrandit, le rêve que l’on sait désormais réalisable pour 10 jours, oui mais à plus grande échelle ? Est-ce de la folie ? Peut-être, oui, mais pourquoi pas ? Nous en parlons souvent, très souvent… Et monsieur Frimousse ? Et bien il a repris le cours de sa vie, sans se poser de questions… C’est bien d’être un chien, on ne réfléchit pas, on suit ses maîtres et on prend les choses comme elles viennent… Tu ne nous aides pas beaucoup capitaine Frimousse !

Mars 2020, arrivée de l’épidémie de Covid

Nous voilà confinés, privés de cette liberté qui nous est si chère ! En quelques jours, notre décision est prise : nous repartons, mais pour une année entière d’aventures cette fois. La Covid a été comme un déclic pour nous !

Le début des préparatifs est une évidence : notre bateau n’est pas conçu pour ce genre de projet ! Il nous faut un bateau plus grand et surtout plus confortable. Nous mettons le notre en vente et commençons aussitôt nos recherches. En juillet 2020, notre choix s’arrête très vite sur un Bavaria Cruiser 46 de 2007, tout confort. C’est un monocoque de croisière habitable de 14 mètres de long. Le confort intérieur n’a rien à voir avec notre ancien bateau : c’est une petite maison sur l’eau.

Refait à neuf en 2019 il ne nécessite pas de gros travaux. Quelques petites réparations et un carénage sont à faire mais rien de plus. Quant à son nom, il est bien vite trouvé : Newlife. Et oui, notre nouvelle vie, celle à laquelle nous aspirons depuis si longtemps est en train de se concrétiser. Nous mettons en vente notre appartement et notre entreprise Antilles Location, pensant que cela prendrait un peu de temps. Mais le destin est avec nous, cela ne fait aucun doute, en une semaine tout est vendu !

Depuis, nous vivons sur notre bateau

C’est un excellent moyen d’y prendre nos marques, tous les trois, enfin, tous les quatre. Monsieur Frimousse toujours imperturbable, tant qu’il a son panier, ses croquettes et ses jouets, monsieur Frimousse se sent bien partout.

Nous tentons de rencontrer un maximum de professionnels de la voile afin de parfaire nos connaissances. Nous ne voulons rien laisser au hasard pour un si grand voyage.

Nous avons inscrit Sofia au CNED afin qu’elle poursuive sa scolarité à distance dans les meilleures conditions possibles. Son projet à elle : créer un blog et dialoguer avec des enfants du monde entier. Elle y postera les photos et les récits de ses découvertes, de ses rencontres, un partage avec les enfants qui la suivront et qui, grâce à elle, s’endormiront le soir avec des rêves plein la tête.

Annick et moi avons aussi l’intention de créer notre carnet de voyage en ligne. Beaucoup de gens ont le rêve de tout quitter, de changer de vie, de partir à l’aventure… Mais l’aventure, l’inconnu, l’abandon de son quotidien, ça fait peur, très peur parfois même. Alors nous voulons leur montrer que lorsque l’envie est là, présente, tenace, tout est possible, la peur s’évanouit. Avec une bonne préparation aussi bien technique que mentale, oui, en 2020, on peut aller au bout de ses rêves les plus fous, on peut réaliser ses projets d’aventure. Et monsieur Frimousse, lui, ne fera rien allez-vous me dire. Et bien vous vous trompez ! Notre chien capitaine publiera régulièrement des photos pour les amoureux des bouledogues français, après tout, le rêve et l’aventure, ce n’est pas réservé aux humains !

Nous sommes prêts à partir !

Dès que la saison cyclonique sera passée, nous prendrons la mer… direction les îles du Nord : Guadeloupe, Marie-Galante, la Désirade, Saint-Barth, Saint-Martin. Notre impatience du départ grandit de jour en jour !

Notre projet est d’inviter à bord des personnes, pour une journée, qui ont envie de changer de vie mais qui n’osent pas franchir le cap. Nous espérons les aider à prendre la bonne décision.

Lorsque Sofia sera plus grande, si elle tombe sur un sujet de philo tel que « Peut-on réaliser ses rêves ? » ou encore « Peut-on tout abandonner pour changer de vie ? » Imaginez tout ce qu’elle aura à dire… Parce que oui, c’est possible ! Cela demande du courage, de la persévérance mais c’est bel et bien possible, nous l’avons fait !

Le Capitaine Jean-Philippe, le Capitaine en second, Annick, le mousse Sofia, et le capitaine adjoint Frimousse vous disent à très bientôt pour la suite de nos aventures sur la mer !